19 décembre 2009
« Madame, madame, psssst!!! Madame! »
Une voix derrière moi m'appelle avec empressement. Je me retourne, une femme se dirige rapidement vers moi. Je la salue, lui demande ce qu'elle veut. Tout en me disant qu'elle est ma voisine, elle me raconte, dans un français correct, qu'elle se dirige vers l'hôpital puisque son enfant vient de se faire frapper par une voiture. Il a quatre côtes cassées et le cerveau qui saigne. Il a besoin d'une radiographie le plus rapidement possible car sa vie est en danger. La femme me demande donc si je peux lui prêter 20 000 francs CFA (ce qui vaut environ 45$) pour acquitter les coûts, et me dit que son mari qui arrive d'une ville voisine pourra me rembourser le soir même. J'avoue, je suis ébranlée, j'ai pitié. Je lui demande qui elle est, puisque je ne la reconnais pas. Elle me décrit son garçon, mais il ne me dit rien. Peut-être ai-je oublié. Après tout, pour nous blancs, même habitant ici, les gens se ressemblent tous, particulièrement les hommes. Alors je lui dis que je n'ai pas beaucoup d'argent sur moi, ce qui est vrai. Elle me demande de lui donner 10 000, que ça pourra aider. Étant sur la rue, à Niamey (capitale où j'habite seulement quelques jours par mois), je lui dis que je ne la connais pas et que je ne peux l'aider. Elle insiste, dit que je n'ai pas de c½ur, que son fils est en train de mourir, que mon porte-monnaie contient sûrement ce dont elle a besoin. Elle me fait l'offre de prendre un stylo et d'écrire que je lui ai bien prêté une somme d'argent, en tant que preuve. Ne sachant trop que faire devant ses demandes acharnées, j'ai l'idée de l'envoyer voir mon patron, monsieur Daniel, afin qu'il puisse l'aider, en pouvant juger de la situation. Je lui propose même de payer le taxi pour aller le voir mais elle refuse, me disant que ça presse, que c'est une question de vie ou de mort. Finalement, après quelques minutes, elle prend le 200 francs et part. Elle disparaît aussi vite qu'elle est venue. J'envoie un message par téléphone à Daniel pour lui expliquer la situation et le prévenir de la visite de la dame.
En tant que chrétienne, attachée aux valeurs bibliques, je me questionne toujours sur la partage. Jusqu'à quel point dois-je donner? À qui? Dans quelles circonstances? Quel pourcentage de mon revenu? Voilà des questions qui me trottent souvent dans la tête. Et puis, certains versets comme « Donne à celui qui te demande et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi. » me travaillent. Surtout quand une situation arrive inopinément (joli mot, non?). Pas le temps de préparer sa réponse, tout doit aller vite, toutes les options doivent être considérées.
Vous savez quoi? Cette dame ne s'est jamais pointée chez Daniel, comme de fait. Et en partant faire mon jogging, plus tard en après-midi, je l'ai vue au loin, ai reconnu le turquoise de son voile. Si je n'avais pas été pressée, je serais allée lui demander : « Et puis, votre garçon? Combien de côtes cassées aujourd'hui? Et la mort, combien de fois l'a-t-il frôlée?». J'étais fière de moi, par contre. Fière de n'avoir donné que 200 francs, avec lesquels la dame en question a peut-être pu s'acheter un bol de riz, tout au plus. Fière d'avoir été capable de laisser de côté ma peau blanche et ma pitié gratuite « à la Vision Mondiale » pour prendre le temps de réfléchir et d'évaluer la situation. Fière de m'en être sortie sans mentir, sans m'enfuir. C'est parce que certains Africains savent par où prendre les étrangers pour récolter un peu d'argent. Pas tous, croyez-moi, mais quelques-uns. Et c'est parce que sur le coup, ça semble si vrai, si réel, si urgent. Ça va droit au coeur. On ne pourrait jamais imaginer inventer une telle histoire, encore la raconter en face de quelqu'un.
Voilà donc un bon exemple des situations qui arrivent couramment en Afrique et que moi, avec ma jeune expérience de vie, je dois gérer, en tentant de faire le moins d'erreurs possible.
Et vous, qu'auriez-vous fait?